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Le parisien

Nov 27 2000

Le parisien

Moïra, nouvelle voix du jazz et de l’Afrique

ELLE REVIENT d’un concert à Bamako, s’appuie sur deux musiciens africains dans son groupe, et il lui arrive de chanter en bambara : Moïra, jeune chanteuse parisienne de 27 ans, qui donne son premier grand concert parisien ce soir, serait peut-être à la musique africaine ce que les Gitans appellent un « gadjo », l’autre, l’ami.

Une blanche, fille de deux musiques noires : le jazz et la musique traditionnelle telle qu’on la joue au Mali. « Insomnie » (Cobalt), son premier album, propose une rencontre bien différente de celles qui se sont récemment multipliées entre le jazz et l’Afrique. A l’origine, Moïra est une chanteuse de jazz qui a vécu son enfance à New York. Parfaitement bilingue, elle chante indifféremment en français et en anglais, voire en portugais. Il y a trois ans, elle retourne aux Etats-Unis pour parfaire ses qualités vocales naturelles au Berklee College of Music de Boston, un temple dont les professeurs sont les grands noms du rhythm’n’blues et du bop. De retour à Paris, elle constitue un trio avec le pianiste Bruno Angelini et le contrebassiste Alexandre Hiele. Elle écume les petits clubs de jazz en chantant le répertoire des grandes voix noires, de Billie Holiday à Sarah Vaughan. Dans « Insomnie », un disque de fusion, son chant reste habité par cette souplesse, cette incarnation, ces modulations propres au jazz.

Une blanche, fille de deux musiques noires
Moïra s’est beaucoup baladée d’un genre à l’autre comme choriste, de MC Solaar à Carlos Santana. Elle collabore avec de nombreux rappeurs, tâte de la house, avant de trouver sa voie en rencontrant le joueur traditionnel de n’goni, Moriba Koïta, qui accompagne toutes les grandes chanteuses de l’Afrique de l’Ouest de passage en France, et un griot gambien installé à Paris, Yakhouba Sissokho, qui joue de la kora, cette cousine de la harpe. Le percussionniste Olivier Petitjean, venu du jazz, complète ce groupe. La ligne de piano très fluide de Bruno Angelini ouvre des espaces novateurs aux instruments africains. Le premier album de Moïra nous emmène d’une chanson traditionnelle en bambara, que tout le monde connaît par coeur au Mali, à une reprise de Stevie Wonder, en passant par l’errance d’« Insomnie », l’une des chansons signées Moïra, et sûrement la plus autobiographique. Mais ses reprises de Gainsbourg ou de Prince, elle les aborde avec la liberté d’un jazzman recréant un standard.

Yves Jaeglé |

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